On l'attend 9 mois

Tu es née à la maison, j’ai enfanté librement

Pour changer le monde, nous devons d’abord changer la façon dont les enfants naissent  (Michel Odent)

C’était discret, comme une légère pression, qui ramène mon attention vers toi mon bébé. Serait-ce, ce soir que nous allons te rencontrer ?

Une soirée bien ordinaire dans notre quotidien extraordinaire. Une soirée qui allait devenir mémorable, grandiose… indéfinissable par les mots qui me semble bien trop petits pour décrire ce que nous avons vécu.

Pas le temps de me concentrer pour le moment sur ces sensations minuscules que je ressens par là, proche de toi… Le souper, brosser les dents, l’histoire et les câlins du soir, ta grande sœur s’endort paisiblement, sans savoir ce qui l’attend demain… au petit matin.

Le calme est revenu dans la maisonnée… Je commence à compter, juste pour me faire une idée, car il me semble qu’ ils deviennent réguliers, ces petits pincements… 5 minutes. Je souris timidement. C’est donc bien ce soir que nous allons te voir, petit être que j’aime déjà tant. Je suis prête. Le marathon a commencé et je l’entame à petite foulées. Un échauffement paisible et nécessaire avant le sprint final qui, je le sais, me fera toucher du doigt les étoiles.

C’est en marchant que je suis bien. Alors, je marche, je souffle, je compte et me balance. De long en large, je parcours ma maison les yeux fermés, apaisée et connectée.

Une vague, j’inspire 4, je souffle 8… inspire 4, souffle 8…. Puis une pause, douce et chaleureuse. Je me dépose dans ces pauses, je savoure pleinement ces moments, je te parle et te soutiens: on va y arriver mon bébé, doucement, amoureusement, tendrement… ça va aller! La pression s’intensifie, de temps en temps, pour redevenir plus légère la vague suivante. Ta tête ouvre le chemin, vers cet appelle de la Vie qui te fait vibrer.

Ambiance tamisée, bain, bougies, musique, tout pour une soirée romantique, mais ici, le vin est remplacé par l’eau, les glaçons et le café.

Je marche toujours. J’ai bien essayé de m’allonger, de me reposer, ou même sur le ballon de rouler, mais non, mon corps me dicte de marcher, alors je marche, me déhanche, monte et descend les escaliers, je te fais de la place pour passer petit bébé.

C’est tranquille. Pas un bruit dans la maisonnée autour de minuit. Je regarde les étoiles qui, une à une, illuminent le ciel noir et je pense à toutes celles qui en même temps que moi à travers le monde, s’ouvre à la vie.

Cela s’intensifie mais tu me laisses des moments de répit et je t’en remercie. Quelques vagues de pressions douces, suivies d’une série bien plus forte, je sens que tu appuies, nos mains t’accompagnent, nous trois, reliés, connectés. Nous sommes avec toi. Je me laisse porter, je ne réfléchis pas. Tu me dictes quoi faire, je te suis sans hésiter, c’est toi qui sais par où passer, mon corps lui, sait t’accompagner.

Nos Sage-femmes arrivent… sous leur regards bienveillants et confiants, nous nous laissons bercer dans notre bulle, nous nous soûlons du cocktail d’hormones de l’amour qui flottent dans l’air.

Et puis cela s’accélère, les vagues se rapprochent, je sens que tu descends. Tu appuies fort maintenant, c’est bientôt le moment. Juste le temps d’aller dans l’eau, de laisser mon utérus pousser sans rien forcer, d’ouvrir, de te laisser passer, de t’appeler, et te voilà déjà dans mes bras petit bébé. Quelle expérience transcendante que de sentir la vie, l’instinct, le continuum opérer. Embarquer et se laisser dériver, faire confiance, ne pas lutter, s’abandonner. Tu es là, enfin, je peux te toucher et sans me lasser, te regarder.

De cette nuit merveilleuses où tu es née comme une bienheureuse, sans crier mais en ne te privant pas de bailler comme si on t’avait réveillée, je ne retiendrais qu’une chose: la liberté.

La liberté que J’AI CHOISI pour enfanter et la puissance féminine à laquelle je me suis connectée. La liberté que l’on m’a laissé pour enfanter et la puissance que j’y ai puisé. Et… le pied de nez au patriarcat qui nous dicte depuis trop de décennies comment il faut faire pour accoucher: sur le dos, les pattes en l’air et sans bouger s’il vous plait…

Alors qu’accoucher c’est tellement plus qu’un acte médicalisé, industrialisé, matérialisé…

Accoucher c’est le mouvement, le présent; c’est l’acceptation, la fusion; c’est extraordinaire dans l’ordinaire; c’est un marathon que l’on parcourt à tâtons, une vague à la fois avec émoi; c’est la puissance, la délivrance; c’est l’ouverture, la nature; c’est l’intimité, l’instinct mammifère non inhibé; c’est physique autant que psychique; c’est la naissance, la transcendance; ce sont des doutes, des choses que l’on redoute; c’est évoluer, se dépasser; c’est d’une intensité insensée; c’est unique et fantastique; c’est la vie à son zénith.

Cette nuit là, j’ai accouché d’un bébé, mais j’ai aussi apprivoisé la force vitale qui court dans nos veines et qui a tant de choses à nous dire lorsque l’on prend le temps de l’écouter.

Si une femme ne ressemble pas à une déesse pendant le travail, alors quelqu’un ne la traite pas correctement (Ina May Gaskin)

En complément, je tiens à souligner que le plus important dans un accouchement ce n’est pas le lieu, ni la façon dont cela se fait, mais bien, d’être en accord avec soi, en pleine possession de sa capacité à décider ce qui est notre priorité. Personne ne doit juger si c’est mieux ou moins bien, puisque chacun le vivra à sa manière. Ce qui me semble primordial par contre, c’est de S’INFORMER. On n’accouche pas comme on va au supermarché. Oui c’est instinctif, MAIS il faut pouvoir comprendre et intégrer le processus physiologique de la naissance afin de rester maître de ses actions, que cela soit pour accoucher avec ou sans péridurale, à la maison ou à l’hôpital… Il est nécessaire d’être conscient de ses droits et de ses choix afin de les faire respecter.

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