On l'attend 9 mois, se souvenir

7 ans de stérilité et un bébé

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Ben non il n’est pas là. Le trait vertical tant espéré… Il n’a pas daigné se montrer… Une fois de plus. Me voilà en pleurs, assise misérablement sur le sol dur et froid de ma salle de bain.

J’ai passé plus d’années sans hormones de synthèse dans mon corps qu’avec… Et finalement cela ne change rien.

Autour de moi, mes amies ont toutes eu (ou presque) des bedons tout ronds… Un petit deuxième, parfois même un troisième… Et toutes ces filles qui n’en veulent pas d’enfants, pour qui ce n’est pas le moment, mais qui tombent enceinte quand même, un battement de cils et ça y est le miracle de la vie opère… Chacun son histoire, c’est ça qu’on dit ? ça me fait mal en dedans, souvent. « Pourquoi ? Pourquoi moi, nous ? Quel enseignement dois-je en tirer ? » La patience sûrement, le lâcher-prise, assurément… Nous n’avons aucun pouvoir sur la vie. C’est elle qui décide de tout, notre heure d’arrivée comme celle de notre départ et avec qui on va la traverser.

Les années passent, 1, 2, … 5, 6 7 ans… le ventre toujours vide, ce ventre qui désespère de sentir la vie bouger en lui un jour.

Je passe des heures à écumer les forums de grossesse, lire les commentaires des autres, « les essayeuses », avec qui je partage les mêmes symptômes et qui à la fin du mois, ont un +, elles, mais pas moi, toujours pas. Lire beaucoup d’informations foireuses, pour finalement éteindre l’écran en me disant que je perds réellement mon temps. Espérer encore … Mon corps ne peut pas me mentir : toutes ces choses que je ressens, elles sont bien réelles ! Comment pourrais-je fabriquer cela rien qu’avec ma tête ?

Préparer le scénario de l’annonce au futur papa, à toute la famille, sourire bêtement en y pensant. Gonfler mon ventre face à la glace, pour voir de quoi j’aurais l’air, sourire encore et espérer toujours. Je calcule même son signe astrologique et pense à ma garde-robe lorsque mon ventre aura pris une place proéminente dans ma vie.

Fichu test négatif. Peut-être que si je mets davantage de lumière, je verrai apparaitre la très faible barre verticale qui me confirmera ce que ma tête et mon cœur veulent à tout prix concrétiser ? Non c’est vraiment blanc. Blanc. Blanc. Bon. Voilà. Poubelle et passons à autre chose.

Oh que cette attente est interminable ! Les années défilent, plus vite que je ne le voudrais. On voulait fêter nos 30 ans avec des enfants, un ou deux peut-être… c’est raté. Il en veut deux, j’en voudrais trois, ou quatre allez ! Je calcule : 9 mois de grossesse, environ 24 mois entre chaque enfant… ça va être compliqué. On croit avoir du pouvoir sur nos vies, un libre-arbitre qui nous permet de diriger nos voiles, on ne décide de presque rien finalement.

Le temps qui passe inexorablement me fait peur et me donne le vertige. Les grains de sables s’écoulent quoiqu’il arrive… « Oh tu es enceinte ! Félicitations ! » ; « Oui bien sûr que je viendrais au baptême de ton deuxième » ; « Évidemment que je serai présente à ta baby-shower ». Je regarde des échographies qui me remplissent les yeux de larmes. Je le cache. Pourquoi devrais-je infliger ma tristesse à toutes ces âmes pleines de joie et de bonheur jusqu’aux oreilles ? Ils n’y sont pour rien. C’est juste moi. Moi et mon fichu corps qui ne fonctionne pas.

Personne ne peut comprendre. On ne peut connaitre, sans l’avoir vécue, cette détresse intérieure, celle des femmes qui voudraient désespérément porter la vie mais que la vie porte sur d’autres chemins. Les examens, les médicaments, les examens encore, les échographies, « essayez du côté psy madame ? On ne voit rien qui pourrait causer de problème particulier… » « Super. Merci du conseil » ; les maladies pour certaines, les opérations pour d’autres…  Je m’interroge sur la vie, sur les chemins de vie. Sur les femmes aussi. Je revois ma définition de la femme : pour être une « vraie » femme faut-il avoir obligatoirement des enfants ? Évidemment, non. Se sentir femme, c’est un état-d’esprit.

L’une de ces énièmes soirées passées à scruter sur internet des solutions à mon problème de « stérilité inexpliquée causée par blocage psychologique », culpabilisant de ne pas être capable de trouver moi-même ce blocage, culpabilisant de ne pas savoir lâcher-prise, rageant contre mon corps qui ne m’obéit pas comme je le voudrais, je tombe sur une phrase qui résonne en moi : « Pour accueillir la vie, fais de la place ». « Accueillir » et non pas « exiger » ; « faire de la place » et non pas « tout maîtriser ». Soit. Je laisse mijoter.

« ACCUEIL ». Petit à petit ce mot devient mon mantra durant quelques années. J’accueil ce qui se présente à moi comme des expériences d’apprentissage. Je prends du recul : la VIE ne se contrôle pas, c’est ELLE qui décide quand c’est le bon moment. Je m’efforce de profiter et de savourer le temps présent, d’accueillir l’instant avec gratitude… Exercice difficile pour quelqu’un qui a besoin de savoir, de prévoir. J’explose de temps en temps, de colère ou de larmes, ou les deux. Mon cœur est parfois lourd, mais je m’efforce de regarder devant, d’apprécier tout ce que j’ai, et c’est déjà beaucoup. Les mois et les années passent, ce n’est toujours pas le moment, voilà tout. « Tout vient à point à qui sait attendre ».   (Ouai, tu parles…).

7 ans ont passés. Et nous sommes encore deux. Deux heureux, avec un chien, ça c’est quand même bien, et une maison, c’est comme dans les chansons, il ne manque plus que le bébé qui ne veut pas arriver.

Un jour de printemps, dans ma voiture, sur le chemin du travail, une mauvaise chanson trop commerciale en fond sonore, après ce prochain dernier essai médicamenté, je décide de tout bazarder, les courbes de températures, les tests d’ovulations, les calculs de date, les forums, mes interprétations de symptômes qui n’en étaient pas et les traitements…  Ras-le-bol. J’en ai marre d’espérer. Je ne serai jamais une maman ? Tant pis ! M’en fou, je ferai autre chose de ma vie. Tiens ! la Vie tu n’as cas te le garder ton bébé.

….

Et il est arrivé, le trait vertical, si pâle que j’en aurai encore douté. Mes yeux me jouent des tours, mon corps m’a si souvent trompé ces dernières années. Je prends une photo, dans le doute qu’elle ne disparaisse ou se métamorphose en message diabolique « Encore raté ! ». Ma tête a besoin d’une confirmation écrite noir sur brun : « Enceinte 1-2 semaine ». Oui. C’est bien écrit là sous mes yeux.

Je me regarde dans le miroir, je souris. Je ne peux m’empêcher de sourire. J’avais imaginé ce moment tant de fois : je me voyais hurler de bonheur, danser dans la salle de bain, pleurer… finalement, rien de tout ça : je n’ose pas bouger, pas parler, de peur que le rêve s’évanouisse. Je baisse les yeux vers mon ventre, y dépose délicatement ma main.

Tu es là. Tu es enfin là. Je vais t’aimer à n’en plus pouvoir parler, je vais t’écouter à n’en plus dormir la nuit, je vais te regarder à en pleurer, je vais te soutenir, même si je dois en défaillir.

Tu es là. Enfin.

Une vie merveilleuse nous attend. ENSEMBLE.

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J’envoie de grandes pensées de soutien à tous les couples qui sont dans une démarche de PMA, dans l’infertilité, dans des démarches d’adoption, etc. Ce parcours est long, difficile, ponctuée de phase d’espoirs fous, souvent balayés par des déceptions et des tristesses infinies. Nous avions décidé de ne pas entrer dans ces expériences de FIV et autres processus plus invasifs, plus pénibles pour le corps comme pour l’esprit, mais je comprends tellement cette attente, les moments où l’on n’y croit plus, l’espoir retrouvé, toutes ces larmes versées… Un jour nous comprendrons pourquoi nous avons dû cheminer sur cette route ; en attendant je vous envoie de tout mon cœur, plein de courage et d’amour… En vous souhaitant à vous aussi une petite main dans la vôtre, un jour ou l’autre.

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En fond sonore: The Milk Carton Kids-The Jewel Of June

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